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Gary Oldman Le zinzin d'hollywood
Interwiew par Robert Strauss
En quelques films qui sont autant de choix judicieux (Sid and Nancy, Prick up your ears, les anges de la nuit...), il s'est imposé comme un acteur indispensable. Avec Dacula, de F.F. Coppola, il trouve un rôle à la mesure de sa folie intérieure. Il est tout bonnement prodigieux. De plus, si besoin était, il prouve dans ce qui suit qu'il est loin de n'avoir rien à dire. En quoi, selon vous, le Dracula de Coppola diffère-t-il des précédents?
J'ai retrouvé dans le scénario (je n'oserais affirmer que cela existait dans le roman) le theme de la belle & la bête. Le personnage de Dracula tel que je l'interprete, en suivant les lignes tracées par le scénario de Jim Hart, est plein de tendresse et de passion. Il est méchant, mais il est bon aussi. Je crois d'ailleurs que Coppola avait toujours rêvé de porter au cinéma La Belle & la Bête, et qu'il a vu dans ce Dracula l'occasion de réaliser ce rêve. Cette conception du personnage vous at-elle surpris au départ ? Surpris ? Non, pas du tout. Je dirais plutôt que j'ai été soulagé de voir que Dracula était envisagé comme un héro tragique. Lorsque l'on m'a approché pour le rôle, la première fois, j'ai été tres sceptique. Allons bon, me suis-je dit. Qui va aller aujourd'hui voir un Dracula (encore un Dracula ?) Et j'ai été à deux doigts de dire non... Et puis, j'ai appris que que le réalisateur serait Coppola, et j'ai tout de suite pensé qu'il y aurait dans ce film des idées, une vision. J'ai toujours eu une admiration sans bornes pour Francis. Je n'ai pas été déçu en lisant le scénario. Il était merveilleusement écrit, et il était clair que le Dracula qui s'y dessinait, était autre chose qu'un simple méchant. N'importe quel acteur peut interpreter un personnage intégralement méchant. Il n'y a rien de plus facile, rien de plus reposant. Mais le Dracula qu'on me proposait avait quelque chose d'un ange déchu, et restait ce personnage d'un bout à l'autre de l'histoire. Son conflit intérieur entre le bien et le mal offre à l'acteur une vériable dynamique.
Vous voulez dire que c'est tout simplement un homme ?
Oui, et même un homme amoureux. C'est là que réside toute la tragédie. La malédiction qui pèse sur lui ne l'entraîne pas jusqu'au tombeau, comme toute malédiction normale: elle l'entraîne au tombreau chaque nuit, pour l'éternité. Et face à cela, il vit son amour comme un être humain. Il a pratiquement une double personnalité. Je suis entré dans le rôle tout remué en me disant qu'il avait une âme. Et j'ai eu trois semaines de répétition pour affiner ce principe. Vous avez fait des recherches sur Dracula ? Le merveilleux avantage du métier d'acteur, est qu'il vous amène à rencontrer des gens passionnants, à lire des livres que vous n'auriez jamais songé à lire. Je n'aurais jamais acheté spontanément un livre du l'assassinat de Kennedy en rentrant dans une librairie, mais JFK m'a obligé à le faire. Avec Coppola, c'est la même chose, nous sommes tous retournés à l'école. Nous avons appris des choses extraordinaires. Et même si nous ne les avons pas toutes gardées pour le film, nous avons vécu une espèce d'initiation. Je n'ai pas lu des pages et des pages su Vlad Tepes. En revanche, nous avons tous été obligés de lire le roman de Stoker. On nous a attachés sur nos fauteuils trois jours durant, pour nous forcer à le faire. Je ne l'avais jamais lu, et ça a été pour moi une découverte. Il est écrit dans une langue extraordinaire et construit de manière déconcer
tante. Comme il se présent sous la forme d'un journal intime, on finit par se demander, au bout d'un certain temps, si on n'a pas déjà lu ce qu'on est en train de lire.
Trouvez vous que Dracula soit un roman érotique ?
Oui, mis à part que l'érotisme y est partout dissimulé. C'est ce ceractère qui fait l'étrangeté de l'oeuvre. A l'époque, découvrir un mollet, c'était trés osé. Il ne fallait pas placer sur les étagères les ouvrages décrivains mâles et d'écrivains femelle. La chose était jugée obscène. Arriver dans une époque pareille à glisser ne serait-ce que des suggestions relevait du coup de maître. D'une certaine manière, stoker a fait ce qu'a fait plus tard Joe Orton (le héro ayant déellement existé du film Prick up your ears). Nous avons bien quel sens il fallait donner chez Orton à des expressions du genre "avoir bon dos", mais il s'est toujours arrangé pour les faire passer à travers les filets de la censure. Eh bien, Stocker, c'est sans doute ce qu'on pouvait faire de plus chaud à la fin du siècle dernier.
De quelle manière le film associe-t-il le thème de la sexualité et celui du vampirisme ?
Encore une fois, ils ont toujours été là. Mais le relachemennt de la censure nous a permis d'aller un peu plus loin. Dans le roman, un loup ravage le bateau. Dans lefilm, un homme-loup poursuit Lucy...
Comment avez-vous supporté tous les maquillages necessité par vos différentes métamorphoses ?
C'était la première fois que je portais des prothèses dans un film, et je crois qu'on ne m'y reprendra pas avant longtemps ! Les simples scéances de maquillage me rendaient fou. Au départ, elles duraient 6 haurs. Pendant tout ce temps, on ne peut pas bouger, on ne peut pas lire, on ne peut ps regarder la télévision, on ne peut rien faire, si ce n'est écouter de la musique, vaguement. Après quoi, il fallait poireauter trois heures sur le plateau en attendant que quelqu'un crie "moteur!". Il faudrait aussi parler du poids des costumes. Le plus éprouvant a été celui de la chauve souris. La scène a été tournée en une journée; si je me souviens bien, mais j'ai vécu l'enfer. Je ne pouvais pas boire, je ne pouvais pas manger, alors qu'il fallait manger, étant donné les efforts qu'imposait la scène. A la dixième prise, je ne tenais plus sur mes jambes. Dieu merci, grâce au répétitions, je m'étais fait une idée assez précise des différentes incarnations du personnage, et les maquilleurs ont la bonté (sauf dans le cas de la chauve-souris) de vous laisser toujours votre propre regard.
Aucun plaisir dans ces expériences ?
Dans celle du maquillage, franchement aucun. Mais je me suis bien amusé à marcher dans la neige sans avoir froid.
Vous avez dit qu'à travers Dracula, vous aviez pansé une plaie plus profonde....
J'ai perdu contact avec mon père lorsque j'avais sept ans. A l'exception de quelques moments et de quelques visites. Pendant plus de quinze ans, je ne l'ai pas vu et puis il est mort. Ce fut une perte de propotions monumentales. Et c'est une source incroyables d'enseignements. Coppola est très talentueux, et le talent est le plus puissant de aphrodisiaques. Et quand celui ci prend la forme d'un Papa, avec tout ce que ça a de chaleureux, de tendre, de provoquant....
Que pensez vous de la décision de Coppola de réaliser tout le film en studio ?
On maîtrise mieux la situation en studio, parce qu'on travaille dans un espace très nettement défini. Le caméraman arrive, allume ses projecteurs, et il fiat tout de suite jour, avec avec exactement la même intensité lumineuse que la veille. Il existe, c'est évident, de merveilleux décors naturels, mais en tournant sur un plateau, on est moins tenu par la réalité. Mon château pouvait ne ressemble à aucun château. Mes costumes ne correspondaient pas exactement à des costumes de l'époque. Le plateau permet plus de licences poétiques. Cela dit, avec le bruit des ven
tilateurs, et de tout ce qui tombe, avec Coppola en train de hurler, pendant le tournage même des scènes, des instructions que personna n'entend à cause du bruit des ventilateurs, il n'est pas question de tourner en son direct. L'essentiel du dialogue a du être réenregistré. Il y avait tellement de boucan sur le plateau que souvent, n'ayant pas entendu "cut" , nous nous croyions obligés de continuer la scène en improvisant de nouvelles répliques !
Comment faites-vous pour rester Dracula quand vous devez attendre pendant trois heures au milieu d'un tel maelstrom ?
Au début de ma carrière, je n'arrivais plus à me concentrer quand j'étais pris dans une telle tourmente. Je me sentais balloté, frustré. C'est Nick Roeg (sur Track 29 NDLR) qui m'a libéré de toutes ces difficultés. Un jour, il est venu vers moi sur le plateau pour me dire : "Il faut que tu apprennes à ne pas voir tout ça, à garder ta mise au point intérieure et à te moquer de tout le reste." . aujopurd'hui, je dispose d'une espèce d'interrupteur personnel dans mes rapports avec le monde extérieur: j'allume et j'éteins à volonté. Tant et si bien qu'il m'arrive de rentrer chez moi le soir sans trop savoir si la caméra a tourné ou non.
Coppola crie-til tant qu'on le dit ?
Franchement, non. Il crie quand il essaie de couvrir le vrombissement des ventilateurs ou les explosions des éclairs, mais c'est pas une grande gueule. Il a pu en être ainsi à l'époque d'Apocapypse Now, si l'on en croit le documentaire qu'on a pu voir sur le tournage de ce film, mais s'il l'à été, il s'est considérablement adouci. Ce qu'il se permet de faire constamment, oui, c'est de parler aux acteurs alors même qu'ils prononcent leurs répliques, comme on pouvait le faire à l'époque du cinéma muet. On entend beaucoup sa voix dans les rushes. Personnellement, j'aime bien ce système. Pacino m'a dit un jour : " On dirait que Coppola peut lire dans les pensées". Et j'en ai eu la confirmation. Il vient vous murmurer un petit mot à l'oreille, et vous vous dites immédiatement : "Mais comment sait-il celà ? " Je crois qu'il ne tenait pas spécialement à tourner une superproduction. Son idée était de dépenser beaucoup d'argent uniquement pour les costumes, parce que les costumes font corps avec les acteurs. Mais il est difficile d'arrêter la machine Hollywoodienne une fois qu'elle est lancée. L'affaire a vite dépassé les proportions qu'il avait prévues. C'est pour cela qu'il nous a offert avant le tournage les trois semaines de répétition. Il a semé avec nous les graines de nos personnages. Il les a laissés mûrir en nous (comme ses vignes) une quinzaine de jours, pendant qu'il planchait, lui, sur les effets pyrotechniques de l'entreprise. Et nous sommes arrivés sur le plateau, nous les acteurs, comme des plantes qu'on aurait régulièremet arrosées. Vous voyez, je commence lundi prochain un nouveau film pour lequel je n'ai pas eu de répétitions, et je me vois contraint de répéter mon rôle tout seul quand je suis dans ma voiture si je ne veux pas avoir l'air d'un idiot quand on criera "moteur !" pour la première scène. Vous les avez vues, les vignes de Coppola ? Oui, il nous a invité chez lui, à Napa, pendant une semaine. Il y a une douzaine de chambres dans sa maison victorienne, et c'est un hôte très attentionné. A l'intérieur, se trouvent tous les équipements audiovisuels possibles et imaginables, une salle de montage, et une bibliothèque de dix-mille volumes. Coppola est aussi un excellent cuisinier.
Est-ce que, en tant qu'acteur, vous avez senti un grand changement quand vous êtes passé du cinéma britannique aux grosses productions hollywoodiennes comme JFK ou Dracula ?
L'argent, l'argent, l'argent. L'argent permet d'essayer des choses nouvelles. Mais ça ne veut pas dire que mes premiers films étaient mauvais. Souvent, j'ai fait de l'excellent travail grâce aux limites du budget et de temps. On se sent pa
rfois pousser des ailes quand on a le couteau sous la gorge. Vous avez aujourd'hui la possibilité de choisir vos films... Oui, mais c'est pas forcément un cadeau. Quand, en Angleterre, on me disait :" Nous ne tournons qu'un film cette année --prick up your ears-- ça vous intéresse ? " Je n'avais pas à réfléchir longtemps pour répondre :" Oui, ça m'intéresse".
En quelques films qui sont autant de choix judicieux (Sid and Nancy, Prick up your ears, les anges de la nuit...), il s'est imposé comme un acteur indispensable. Avec Dacula, de F.F. Coppola, il trouve un rôle à la mesure de sa folie intérieure. Il est tout bonnement prodigieux. De plus, si besoin était, il prouve dans ce qui suit qu'il est loin de n'avoir rien à dire. En quoi, selon vous, le Dracula de Coppola diffère-t-il des précédents?
J'ai retrouvé dans le scénario (je n'oserais affirmer que cela existait dans le roman) le theme de la belle & la bête. Le personnage de Dracula tel que je l'interprete, en suivant les lignes tracées par le scénario de Jim Hart, est plein de tendresse et de passion. Il est méchant, mais il est bon aussi. Je crois d'ailleurs que Coppola avait toujours rêvé de porter au cinéma La Belle & la Bête, et qu'il a vu dans ce Dracula l'occasion de réaliser ce rêve. Cette conception du personnage vous at-elle surpris au départ ? Surpris ? Non, pas du tout. Je dirais plutôt que j'ai été soulagé de voir que Dracula était envisagé comme un héro tragique. Lorsque l'on m'a approché pour le rôle, la première fois, j'ai été tres sceptique. Allons bon, me suis-je dit. Qui va aller aujourd'hui voir un Dracula (encore un Dracula ?) Et j'ai été à deux doigts de dire non... Et puis, j'ai appris que que le réalisateur serait Coppola, et j'ai tout de suite pensé qu'il y aurait dans ce film des idées, une vision. J'ai toujours eu une admiration sans bornes pour Francis. Je n'ai pas été déçu en lisant le scénario. Il était merveilleusement écrit, et il était clair que le Dracula qui s'y dessinait, était autre chose qu'un simple méchant. N'importe quel acteur peut interpreter un personnage intégralement méchant. Il n'y a rien de plus facile, rien de plus reposant. Mais le Dracula qu'on me proposait avait quelque chose d'un ange déchu, et restait ce personnage d'un bout à l'autre de l'histoire. Son conflit intérieur entre le bien et le mal offre à l'acteur une vériable dynamique.
Vous voulez dire que c'est tout simplement un homme ?
Oui, et même un homme amoureux. C'est là que réside toute la tragédie. La malédiction qui pèse sur lui ne l'entraîne pas jusqu'au tombeau, comme toute malédiction normale: elle l'entraîne au tombreau chaque nuit, pour l'éternité. Et face à cela, il vit son amour comme un être humain. Il a pratiquement une double personnalité. Je suis entré dans le rôle tout remué en me disant qu'il avait une âme. Et j'ai eu trois semaines de répétition pour affiner ce principe. Vous avez fait des recherches sur Dracula ? Le merveilleux avantage du métier d'acteur, est qu'il vous amène à rencontrer des gens passionnants, à lire des livres que vous n'auriez jamais songé à lire. Je n'aurais jamais acheté spontanément un livre du l'assassinat de Kennedy en rentrant dans une librairie, mais JFK m'a obligé à le faire. Avec Coppola, c'est la même chose, nous sommes tous retournés à l'école. Nous avons appris des choses extraordinaires. Et même si nous ne les avons pas toutes gardées pour le film, nous avons vécu une espèce d'initiation. Je n'ai pas lu des pages et des pages su Vlad Tepes. En revanche, nous avons tous été obligés de lire le roman de Stoker. On nous a attachés sur nos fauteuils trois jours durant, pour nous forcer à le faire. Je ne l'avais jamais lu, et ça a été pour moi une découverte. Il est écrit dans une langue extraordinaire et construit de manière déconcer
tante. Comme il se présent sous la forme d'un journal intime, on finit par se demander, au bout d'un certain temps, si on n'a pas déjà lu ce qu'on est en train de lire.
Trouvez vous que Dracula soit un roman érotique ?
Oui, mis à part que l'érotisme y est partout dissimulé. C'est ce ceractère qui fait l'étrangeté de l'oeuvre. A l'époque, découvrir un mollet, c'était trés osé. Il ne fallait pas placer sur les étagères les ouvrages décrivains mâles et d'écrivains femelle. La chose était jugée obscène. Arriver dans une époque pareille à glisser ne serait-ce que des suggestions relevait du coup de maître. D'une certaine manière, stoker a fait ce qu'a fait plus tard Joe Orton (le héro ayant déellement existé du film Prick up your ears). Nous avons bien quel sens il fallait donner chez Orton à des expressions du genre "avoir bon dos", mais il s'est toujours arrangé pour les faire passer à travers les filets de la censure. Eh bien, Stocker, c'est sans doute ce qu'on pouvait faire de plus chaud à la fin du siècle dernier.
De quelle manière le film associe-t-il le thème de la sexualité et celui du vampirisme ?
Encore une fois, ils ont toujours été là. Mais le relachemennt de la censure nous a permis d'aller un peu plus loin. Dans le roman, un loup ravage le bateau. Dans lefilm, un homme-loup poursuit Lucy...
Comment avez-vous supporté tous les maquillages necessité par vos différentes métamorphoses ?
C'était la première fois que je portais des prothèses dans un film, et je crois qu'on ne m'y reprendra pas avant longtemps ! Les simples scéances de maquillage me rendaient fou. Au départ, elles duraient 6 haurs. Pendant tout ce temps, on ne peut pas bouger, on ne peut pas lire, on ne peut ps regarder la télévision, on ne peut rien faire, si ce n'est écouter de la musique, vaguement. Après quoi, il fallait poireauter trois heures sur le plateau en attendant que quelqu'un crie "moteur!". Il faudrait aussi parler du poids des costumes. Le plus éprouvant a été celui de la chauve souris. La scène a été tournée en une journée; si je me souviens bien, mais j'ai vécu l'enfer. Je ne pouvais pas boire, je ne pouvais pas manger, alors qu'il fallait manger, étant donné les efforts qu'imposait la scène. A la dixième prise, je ne tenais plus sur mes jambes. Dieu merci, grâce au répétitions, je m'étais fait une idée assez précise des différentes incarnations du personnage, et les maquilleurs ont la bonté (sauf dans le cas de la chauve-souris) de vous laisser toujours votre propre regard.
Aucun plaisir dans ces expériences ?
Dans celle du maquillage, franchement aucun. Mais je me suis bien amusé à marcher dans la neige sans avoir froid.
Vous avez dit qu'à travers Dracula, vous aviez pansé une plaie plus profonde....
J'ai perdu contact avec mon père lorsque j'avais sept ans. A l'exception de quelques moments et de quelques visites. Pendant plus de quinze ans, je ne l'ai pas vu et puis il est mort. Ce fut une perte de propotions monumentales. Et c'est une source incroyables d'enseignements. Coppola est très talentueux, et le talent est le plus puissant de aphrodisiaques. Et quand celui ci prend la forme d'un Papa, avec tout ce que ça a de chaleureux, de tendre, de provoquant....
Que pensez vous de la décision de Coppola de réaliser tout le film en studio ?
On maîtrise mieux la situation en studio, parce qu'on travaille dans un espace très nettement défini. Le caméraman arrive, allume ses projecteurs, et il fiat tout de suite jour, avec avec exactement la même intensité lumineuse que la veille. Il existe, c'est évident, de merveilleux décors naturels, mais en tournant sur un plateau, on est moins tenu par la réalité. Mon château pouvait ne ressemble à aucun château. Mes costumes ne correspondaient pas exactement à des costumes de l'époque. Le plateau permet plus de licences poétiques. Cela dit, avec le bruit des ven
tilateurs, et de tout ce qui tombe, avec Coppola en train de hurler, pendant le tournage même des scènes, des instructions que personna n'entend à cause du bruit des ventilateurs, il n'est pas question de tourner en son direct. L'essentiel du dialogue a du être réenregistré. Il y avait tellement de boucan sur le plateau que souvent, n'ayant pas entendu "cut" , nous nous croyions obligés de continuer la scène en improvisant de nouvelles répliques !
Comment faites-vous pour rester Dracula quand vous devez attendre pendant trois heures au milieu d'un tel maelstrom ?
Au début de ma carrière, je n'arrivais plus à me concentrer quand j'étais pris dans une telle tourmente. Je me sentais balloté, frustré. C'est Nick Roeg (sur Track 29 NDLR) qui m'a libéré de toutes ces difficultés. Un jour, il est venu vers moi sur le plateau pour me dire : "Il faut que tu apprennes à ne pas voir tout ça, à garder ta mise au point intérieure et à te moquer de tout le reste." . aujopurd'hui, je dispose d'une espèce d'interrupteur personnel dans mes rapports avec le monde extérieur: j'allume et j'éteins à volonté. Tant et si bien qu'il m'arrive de rentrer chez moi le soir sans trop savoir si la caméra a tourné ou non.
Coppola crie-til tant qu'on le dit ?
Franchement, non. Il crie quand il essaie de couvrir le vrombissement des ventilateurs ou les explosions des éclairs, mais c'est pas une grande gueule. Il a pu en être ainsi à l'époque d'Apocapypse Now, si l'on en croit le documentaire qu'on a pu voir sur le tournage de ce film, mais s'il l'à été, il s'est considérablement adouci. Ce qu'il se permet de faire constamment, oui, c'est de parler aux acteurs alors même qu'ils prononcent leurs répliques, comme on pouvait le faire à l'époque du cinéma muet. On entend beaucoup sa voix dans les rushes. Personnellement, j'aime bien ce système. Pacino m'a dit un jour : " On dirait que Coppola peut lire dans les pensées". Et j'en ai eu la confirmation. Il vient vous murmurer un petit mot à l'oreille, et vous vous dites immédiatement : "Mais comment sait-il celà ? " Je crois qu'il ne tenait pas spécialement à tourner une superproduction. Son idée était de dépenser beaucoup d'argent uniquement pour les costumes, parce que les costumes font corps avec les acteurs. Mais il est difficile d'arrêter la machine Hollywoodienne une fois qu'elle est lancée. L'affaire a vite dépassé les proportions qu'il avait prévues. C'est pour cela qu'il nous a offert avant le tournage les trois semaines de répétition. Il a semé avec nous les graines de nos personnages. Il les a laissés mûrir en nous (comme ses vignes) une quinzaine de jours, pendant qu'il planchait, lui, sur les effets pyrotechniques de l'entreprise. Et nous sommes arrivés sur le plateau, nous les acteurs, comme des plantes qu'on aurait régulièremet arrosées. Vous voyez, je commence lundi prochain un nouveau film pour lequel je n'ai pas eu de répétitions, et je me vois contraint de répéter mon rôle tout seul quand je suis dans ma voiture si je ne veux pas avoir l'air d'un idiot quand on criera "moteur !" pour la première scène. Vous les avez vues, les vignes de Coppola ? Oui, il nous a invité chez lui, à Napa, pendant une semaine. Il y a une douzaine de chambres dans sa maison victorienne, et c'est un hôte très attentionné. A l'intérieur, se trouvent tous les équipements audiovisuels possibles et imaginables, une salle de montage, et une bibliothèque de dix-mille volumes. Coppola est aussi un excellent cuisinier.
Est-ce que, en tant qu'acteur, vous avez senti un grand changement quand vous êtes passé du cinéma britannique aux grosses productions hollywoodiennes comme JFK ou Dracula ?
L'argent, l'argent, l'argent. L'argent permet d'essayer des choses nouvelles. Mais ça ne veut pas dire que mes premiers films étaient mauvais. Souvent, j'ai fait de l'excellent travail grâce aux limites du budget et de temps. On se sent pa
rfois pousser des ailes quand on a le couteau sous la gorge. Vous avez aujourd'hui la possibilité de choisir vos films... Oui, mais c'est pas forcément un cadeau. Quand, en Angleterre, on me disait :" Nous ne tournons qu'un film cette année --prick up your ears-- ça vous intéresse ? " Je n'avais pas à réfléchir longtemps pour répondre :" Oui, ça m'intéresse".




